Voilà la lettre que j'ai écrite à mon père, en espérant qu'il comprenne, qu'il me comprenne..
Une façon de me découvrir un peu plus, de découvrir une face gachée de moi même..
Une façon de me découvrir un peu plus, de découvrir une face gachée de moi même..
Ne crois pas que cette lettre soit de la lâcheté, juste une façon pour moi de te dire mon problème, mes problèmes, de te parler, puisque discuter tout les deux n'a jamais était notre fort et ne le sera jamais, mais j'aimerai crever l'abcès présent entre nous depuis tant d'années.
J'espère que tu liras cette lettre en entier pour tenter de me comprendre, même si je ne suis pas sur que tu y arrives.
S'il te plait ne crie pas, rien ne sert de me faire la morale, la morale je me la fais moi-même bien assez souvent, même si je suis sur que tu ne me crois pas.
Comme tu le sais j'ai loupé mes exams, une fois de plus, je sais. Crie, hurle, râle, mets-moi en une, ça ne changera rien, ça ne me changera pas et ça ne changera pas la réalité. Il ne faut pas croire, mais je ne suis pas fière de moi, j'aurais aimé avoir mes exams, pour qu'une fois, juste une fois dans ta vie, dans ma vie, tu sois fière de moi. Je suis le canard boiteux de la famille, et bien tant pis, j'assume. Je ne serais jamais comme Caroline, je ne me rendrais jamais malade et je ne risquerais pas ma santé pour des exams, je ne suis pas Pascal ou Marion qui peuvent faire tout et n'importe quoi et le réussir, je suis juste moi, celle en qui personne ne croit, celle qui ne croit pas en soit, celle qui passe son temps à se faire rabaisser par tout le monde, celle qui ne vis pas mais qui survis.
Je ne m'aime pas, je n'aime pas ma vie, combien de fois ai-je déjà pensé y mettre fin, pensant que tout serait mieux pour tout le monde, que sans moi tout serait plus simple pour toi. On a beau me dire que le jour où j'ai fait ma chute de cheval j'étais sous une bonne étoile car je m'en suis sortie, mais j'aurais préféré y rester, ça aurait arrangé beaucoup de choses. Sans moi, tu aurais que ton fils, tu serais bien plus heureux, tu aurais moins de soucis, moins de problèmes si je n'avais jamais existé. Ton fils, lui le seul qui compte pour toi, le seul qui, même s'il fait une connerie, aura toujours ton approbation et ton amour. Il n'y en a toujours eu que pour lui, faire 1 000 kilomètres en un week-end pour une compétition de moto, aucun problème, par contre faire 15 kilomètres aller-retour pour m'emmener au cheval, ça c'est compliqué pour toi. Combien de fois je t'ai entendu dire que c'est moi qui vous coûtez cher ? Mais comment puis-je vous coûter cher, je me paye le cheval, mes fringues, mes affaires, ma carte de bus, tous mes repas en dehors de la maison, vous ne me payez que la bouffe à la maison et l'eau pour la douche, et c'est moi qui coûte cher ?! Et ton fils, lui il faut tout lui payer, il a toujours fait payer toutes ses affaires de cours, ses fringues, la bouffe et même encore maintenant, il a son propre appart, mais où est l'intérêt vu qu'il ne fait que dormir là-bas, il mange à la maison, il se sert dans les placards pour emporter à manger chez lui, quand ses chats n'ont plus à mangé, il prend les croquettes et le lait à la maison, et c'est moi qui coûte cher ?! Mais merde, ouvre les yeux, arrête de faire du favoritisme, si tu ne me voulais pas, fallait pas me concevoir, j'ai pas demandé à naître, j'ai pas demandé à être là, j'aurais préféré ne jamais naître, ne jamais subir tout ce que tu me balances dans la tête depuis des années. Peux-tu juste essayer de me comprendre, de comprendre ce que je vis, ce que je subis par ta faute. C'est si compliquer pour toi d'essayer de me considérer comme ta fille et pas comme une sous merde ? Aussi loin que je me souvienne, jamais tu ne m'as dit une chose gentille, quelque chose que normalement un père dit à sa fille, jamais. Je n'ai toujours reçu que des reproches, des critiques, des méchancetés de ta part mais aussi de la part de ton fils. Tu penses peut-être qu'en faisant ça tu me ferais changer, mais au contraire, en faisant ça tu me détruit un peu plus à chaque fois, tu me tues à chaque fois un peu plus, tu enfonces encore et toujours plus le couteau dans la plaie, dans ma plaie. Ah si je n'avais pas été là, ta vie aurait été sûrement plus heureuse, moins de soucis, juste le fiston adoré, pas de moi, pas de problèmes. Des fois je me demande si ça n'aurait pas été mieux pour tout le monde que je n'existe pas, votre vie aurait été plus simple et la mienne n'aurait jamais existé, ça m'aurait arrangé. Pourquoi n'ai-je pas été un garçon ? Un garçon passionné de moto de préférence, un garçon avec la même passion que toi, ça aurait évité bien des complications. Ou alors peut-être, tout en étant moi, une fille, j'aurais du me forcer à aimer la moto, pour avoir ton approbation et t'intéresser ? Malheureusement ce n'est pas le cas, j'ai essayé pourtant, à une époque j'ai tenté, mais non, moi c'est le cheval, ça tu ne l'as jamais compris et jamais accepté, et tu me l'as bien fait comprendre. Oui mais voilà, désolée de ne pas être comme toi, désolée de ne pas avoir la même passion que toi, désolée de ne pas être celle que tu aurais voulu que je sois, désolée d'être moi.. Des reproches, toujours des reproches, tu ne sais rien faire ou me dire d'autres. Depuis des années tu me rabâches les mêmes ignominies, les mêmes phrases sur ma façon d'être, sur mon physique.. Depuis des années je supporte sans rien dire toutes les saloperies que tu me dis, mais j'en peux plus, je ne supporte plus. Tu penses peut-être que ça ne m'atteint pas, tu penses peut-être que je suis assez forte pour tout supporter, mais c'est pas le cas, ça me blesse, ça me fait mal. As-tu seulement conscience de toutes les phrases blessantes que tu m'as déjà dit dans ma vie ?! As-tu déjà imaginé ce que je pouvais ressentir ? Non, puisque pour toi, tout ce que tu me dis te semble normal et justifié. Pour toi, il n'y a que toi et ton fils, tu ne te préoccuperas jamais des autres, il n'y a que toi qui compte, tu as toujours raison, c'est bien connu. Oui mais parfois, il faut savoir se remettre en question, savoir se poser les bonnes questions et trouver les limites, savoir à partir de quel moment les mots ou les gestes font plus de mal que de bien.
Comment être bien dans ma peau et dans ma tête si je me sens de trop dans cette famille, si je passe mon temps à me faire critiquer, à me faire rabaisser par mon propre père. Comment faire comprendre aux gens ce que je ressens, ce que je vis, ce que je subis. Comment m'aimer moi-même si on ne m'aime pas ? Comment réussir à vivre quand on se sent exclu ? Comment réussir dans la vie, comment trouver l'envie de se battre, d'avancer, comment s'imaginer un futur meilleur alors que l'on a la vingtaine et que l'on devrait être entrain de vivre les meilleures années de sa vie mais que ce n'est pas le cas et que l'on a l'impression de vivre les pires ?!
Je suis mal dans ma tête, mal dans ma peau, mal dans ma vie, j'ai un mal-être permanent qui ne fait que grandir avec le temps.
J'ai besoin que l'on m'aime, j'ai besoin qu'on me soutienne, si je ne suis pas aimé par ma propre famille, comment pourrais-je l'être par d'autres ? Si je ne me sens pas aimé, ni soutenu, comment pourrais-je me sentir bien en moi-même ? Pourquoi tu ne peux pas arriver à m'accepter tel que je suis, m'accepter comme les autres le font, m'accepter avec mes défauts et mes qualités, m'accepter pour ce que je suis ?
J'ai 22 ans et un énorme sentiment d'échec, j'ai une vie de merde, je ne peux compter sur personnes, je ne peux compter que sur moi-même, et moi-même je me déçois par moment.
Je sais que tu ne veux pas que je continue des études qui selon toi ne me servent à rien, mais c'est ma vie, je continuerai mes études, je referai encore cette année, c'est à moi de décider de ce que je veux faire de ma vie, c'est moi qui décide ce qui est bien ou mal pour moi, c'est à moi de me gérer, de me faire mon avenir, qu'il te plaise ou non. Tu m'as donné ton avis, tu veux que j'aille sur le marché de travail, mais je n'en ai pas envie, pas maintenant, pas comme ça, laisse moi faire mon chemin, ma vie par moi-même, je suis majeure et vaccinée comme on dit, donc je fais ma vie, avec mes erreurs, mes mauvais et mes bons choix. C'est si compliquer de me soutenir, même dans mes erreurs ? Ne vient pas me dire que tu n'as jamais fait d'erreurs toi, ce n'est pas vrai, alors laisse moi faire les miennes, car c'est ma vie et pas la tienne.
Tant de choses que j'aimerai te dire, tant de choses que j'aimerai te faire comprendre, que j'aimerai que tu comprennes, tant de choses qui nous sépares, tant de choses qui nous, qui me gâche la vie
Je ne peux plus continuer comme ça, il faut que ça change, que nous changeons, je ne supporte plus cette vie, je ne supporte plus la façon dont tu me traites, alors change, arrête, essaye de te remettre en question à mon sujet, parce que la seule chose que tu va finir par gagner, c'est de me perdre, j'ai plus envie d'être ta fille dans ces conditions...